Littérature générale

  • Crocus

    Jean Daive

    Depuis Décimale blanche (1967), Jean Daive est l'auteur d'une oeuvre énigmatique et dense, qui a marqué le champ poétique contemporain. Crocus succède à Une femme de quelques vies, Onde générale et Monstrueuse, accueillis ces dernières années dans la collection Poésie/Flammarion.


    Pourquoi, comment à la fin
    entres-tu dans une caverne
    même pas pour disparaître ou te cacher ?
    Plus simplement pour ramper sur les mains
    écrire sur les parois ce que
    tu n'as jamais écrit dans les livres
    au milieu des traces de toutes
    sortes à plat sur le dos, tu écris
    comme autrefois
    à plat sur le dos
    sous le lit. Tout est si proche de la main
    dans le noir, au sol
    reste là, attends que je vienne
    attends que j'éteigne
    le noir efface si bien
    même le regard du chien qui veille
    magnétise les heures, les mots et toi.

  • Au lieu de suivre un tracé il prépare un décor le faut-il, le doit-il ?
    Il n'est pas à l'abri du Minuit car Minuit est à l'ordre du jour un rideau pour l'amour, un objet long pour l'échéance, il écrira - au féminin entre guillemets

  • C'est l'automne sur un monde qui finit et sur un décor à la fois fabuleux et impressionnant de surréalité : Paris, la Contrescarpe avec ses paulownias, le jardin du Luxembourg, les quais de la Seine grise. Un personnage fascinant donne une dimension démesurée à l'Histoire : Paul Celan.
    Jean Daive, le narrateur, raconte, et le témoignage, en montrant comment la vie exile l'enfance, c'est-à-dire l'origine, restitue une sorte de crépuscule des dieux. L'extrême liberté des échanges, des rencontres, des promenades à l'ombre des marronniers, se fait pensée et langage en accord avec la promesse d'un effondrement universel, entre autres provoqué par ce que nous vivons en permanence : un transfert d'identités qui nous déplace et nous remplace en nous-mêmes. Notre condition d'infini.
    L'idée de délinquance impeccable, en action dans les deux volumes précédents, prend ici toute son amplitude au nom d'une urgence qu'il faut bien appeler destin.

  • Le Pan-Nam (Indochine) et la Floride (Amérique) semblent n'avoir rien à partager. Peut-on même envisager un dialogue entre deux cultures à ce point divergentes ?
    C'est pourtant cet impossible-là que vont tenter la belle Twang Panattapam et le tristement excentrique Zachary McCaltex. L'argent et l'amour leur fourniront toute une grammaire de mobiles qui leur permettra peut-être de se communiquer l'un l'autre sinon leur identité du moins leur désir d'échange. Mais leur seule volonté de rapprochement suffira-t-elle à combler le gouffre qui les sépare ou bien leur efforts conjugués n'auront-ils d'autre résultat, comme dirait Twang, que de « sepparé la plat net en d'eux » ?

  • Objet bougé

    Jean Daive

    L'idée d'un triptyque présentant au moins trois images est à l'origine de ce travail qui en reprend la construction sous la forme de trois romans en vers.
    Le titre générique Trilogie du temps laisse présager que trois livres, Objet bougé, Le Retour passeur, Les Axes de la terre conçoivent une interprétation du système solaire où les planètes se meuvent sur des orbites elliptiques. Ces livres relatent les perturbations des trajectoires planétaires et les mouvements de révolution des corps célestes soumis à un magnétisme ? la gravitation universelle ? et non plus à d'autres forces que la main de Dieu. La mémoire de ces lois apprises sur les bancs de l'école et toujours vérifiables dans le boîtier ouvert d'une montre, révèle à nouveau une vision héliocentrique de l'univers ainsi que toutes les dérives possibles en combinaisons, en calculs d'angles, en gravitations des astres, en positions vues depuis la terre. Les personnages évoluent, ondoient comme des comètes, ont leurs déplacements dans la vie et dans le sommeil. Il y a aussi le métabolisme de chacun, les forces d'attraction, les centres de gravité, les rotations autour de l'origine, de l'identité, de la langue, même si les surfaces reflètent, mais ne sont pas perceptibles à l'oeil nu.
    Il faut rappeler qu'un triptyque, en principe, offre trois images : celle du panneau central pouvant parfois être cachée par les deux volets fermés qui laissent à leur tour entrevoir une quatrième image, le plus souvent l'auteur en son ordinaire ou le bienfaiteur. La Trilogie du temps se referme donc sur un autre roman et ses personnages : L'Autoportrait aux dormeuses. Le bienfaiteur, présenté ici en lecteur généreux et attentif, ouvre délicatement le volet de gauche et livre les douze chapitres qui séparent, non pas en lumière noire mais en étendue, le soleil et le soleil. Ce travail est aussi une méditation sur l'éternel retour, qui n'est pas l'éternel féminin, comme traumatisme inapparent.

  • « Qui était-il le personnage autre que Non ? » Ainsi commence le premier tome d'un vaste roman qui en comporte sept et qui raconte les saisons en enfer de Jonathan Goofo.

    Ce héros moderne de l'égarement, confronté en permanence à l'Histoire humaine où chaque phrase de vie trouve en l'autre un monde réellement renversé, entraîne après lui un processus charmeur de désintégration généralisée. D'aventure en rencontre, d'expérience en dérive, c'est-à-dire du crime à l'inceste, de la cérémonie du suicide ou du rituel de la pince à sucre à la bisexualité, il s'avance toujours plus fasciné par ce qu'il appelle le pire impossible.

    L'écoulement du temps et parfois son triomphe sont donc appropriation par l'homme du déploiement de l'univers jusqu'à la folie. Dans un registre torrentiel tout d'abord, puis romanesque et narratif, enfin analytique, l'auteur saisit le siècle : l'ironie de l'Homme sans qualités devient celle du délinquant impeccable.

    Tome I : Elle descend l'escalier. Il descend l'escalier. Elle lui parle : « Je présage vous aimer. » Raconte son expérience du placard. Il lui parle. Raconte son Traité de la disparition. L'amour est naissant. Le premier voyage commence.

  • W, comme Wien. C'est dire la part donnée dans cette quatrième partie de Narration d'équilibre (Hachette POL, 1982) à Vienne où le narrateur a fait de fréquents et longs séjours. C'est un peu comme si quelqu'un (un analyste ?) retrouvait une vieille boîte contenant les fiches des séances d'une analyse étrange. C'est un peu comme si l'auteur essayait d'introduire dans l'écriture - en même temps - la verticalité et l'horizontalité. Le narrateur est en effet couché, allongé dans le sommeil et il est debout puisqu'il marche désespérément dans les rues de Vienne pour aller jusqu'au bout du drame qu'il ne parvient à éclaircir tout à fait en dépit de la marche forcenée et du sommeil dont il tire toutes les images de l'intrigue.

  • New York. Un homme longe l'Hudson et suit une tache jaune qui flotte au milieu du fleuve. Elle va développer dans son sillage une force d'intrigue dont le mouvement amène le narrateur à s'interroger sur l'image, sur sa formation génératrice des trames du récit. L'image se transformant en plaque sensible progressivement capte les fragments, les phénomènes du réel pour laisser apparaître les éléments diphractés par l'écriture. Alors que la pensée élucide l'instant, la vitesse de la langue renvoie au temps de l'enfance, et plus loin au temps de l'antériorité. Tout le livre se développe donc comme un itinéraire et géométriquement comme un jeu de dominos, à travers lesquels visions, récits, souvenirs, illuminations induisent à un autre temps, où les plans d'une vie comme les plaques noires des dominos disposent le long de l'espace des énoncés de notre secret.

  • Aimer permet-il à l'homme chassé de l'équilibre des choses de s'exprimer aussi totalement que possible ? Ce qu'il a perdu se précise au travers d'une délinquance insoutenable dont les tomes 2, 3 et 4 rassemblés dans ce volume racontent les aventures, c'est-à-dire les lésions.

    Vienne et toutes les beautés d'un jardin d'hiver. Il neige. Maïa doit mourir. Ed et Ad, ses enfants, dorment enlacés au fond d'une armoire. Ils l'enterrent et rencontrent d'étranges personnages : Hammet-Hegel, philosophe détective, Paula la boiteuse qui joue du violoncelle au pied d'un noyer battu par les vents, Laïos le constructeur d'avions à énergie humaine, et d'autres encore, fantasmes peut-être, signes ou symboles, mais aussi acteurs bien réels d'une histoire qu'ils essaient d'investir à travers l'élucidation des origines et l'intelligence du présent. Les personnages se lancent à la poursuite de la vérité qu'ils géométrisent en une série d'épreuves, de jeux, d'injonctions et de procès.

    Si l'amour et la solitude sont le sujet de cette vaste entreprise romanesque, Vienne, complexe et sombre, contradictoire, insoluble, lieu par excellence où peut être à nouveau posée la question du sujet, Vienne ne pouvait qu'en être le théâtre.

  • Le retour passeur

    Jean Daive

    Le Retour passeur est le deuxième volet de Trilogie du temps.

  • Dans une maison ronde à l'architecture tragique, comme un crâne, le narrateur, cet homme qui a renoncé, laisse venir à lui Ada, Ira, Alwa. Ada est sans cohésion, elle gesticule, elle crie. Ira vit toutes les audaces de la chair, toutes les curiosités. Alwa n'attend plus rien du mystère de la vie. Peut-être ces trois femmes n'en sont-elles qu'une : 'Ada, Ira, Alwa. Tu pénètres comme un éclair dans mon secret ou mon dérèglement. Je veux.' Jeux sexuels, recherche sans repos d'une raison, questionnement des sens et des mots, mise en chaîne des fantasmes : jamais Jean Daive n'est allé si loin et de manière formellement si intense dans le fond noir de l'âme.

  • Les axes de la terre

    Jean Daive

    Les Axes de la terre est, après Objet bougé et Le Retour passeur, le troisième volet de Trilogie du temps.

  • Quelle est la nature profonde de Jonathan Goofo? Il fascine de façon inaltérable, alors quil apparaît vide et sans objet, en retrait du monde. Que cherche-t-il au coeur de lété américain?
    Autour de Jonathan Goofo gravitent détranges personnages, poussés par une sorte dappel chanté : Frank Hammett-Hegel, Denise Greenbald, Nitsa Leew, Robert Rauschenberg qui lui apprend à pêcher dans le Golfe du Mexique le non-poisson. Jonathan, quant à lui, préfère apprendre à aimer lamour quil identifie communément au non-crime. Avec les promesses ou les effets dune délinquance impeccable sachèvent les tomes VI et VII du quatrième et dernier volume de La Condition dinfini.
    Le roman couvre une durée de treize mois. Il se déroule du mois de mars au mois de mars de lannée précédente, car les saisons se succèdent à lenvers. Le temps nest pas arrêté. Il est inversé. La fin du livre inscrit organiquement son injonction, elle ne peut donc surprendre le lecteur : 'Si vous voulez vous trouver, cherchez la femme psychiatrique.'

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