• Dans cette troisième livraison des « Économies », Alain Deneault suit le mouvement spéculaire entre des oeuvres esthétiques qui traitent d'économie marchande et d'argent, et des critiques d'arts qui recourent au vocabulaire économique pour commenter les oeuvres. Le mot « économie » ressort de cette analyse fine comme une puissante métaphore, mais surtout comme le nom même d'un régime de production des métaphores.

    C'est à l'économie que s'en remet la rhétorique pour traiter d'« économie du discours », la littérature et le cinéma d'« économie du récit » et les arts en général d'« économie d'une oeuvre ». Cet essai, court et dense, s'appuie sur des penseurs de l'économie esthétique comme Denys d'Halicarnasse, Genette, Arasse et Derrida, pour analyser le fonctionnement sémiologique et social des oeuvres d'art ainsi que leur récupération dans le champ de l'idéologie politique. La science économique est une construction fictionnelle qui a recours à l'esthétique pour se donner des allures de vrai.

  • La modernité a pu proclamer la mort de Dieu, mais il n'y aurait pas de philosophie contemporaine sans les apports juifs et chrétiens. Sur un siècle d'histoire de la pensée, cette somme sans précédent révèle l'inconscient refoulé de l'Occident.
    La relation entre les deux traditions du judaïsme et du christianisme a fait l'objet, depuis le début du xxe siècle, d'approches philosophiques fondamentales que le présent ouvrage s'efforce de réunir et de ressaisir. De Rosenzweig à Levinas, de Bergson à Maritain, de Péguy à Sartre et de Simone Weil à Ricoeur, c'est une constellation théorique singulièrement contrastée qui s'y manifeste, mettant en lumière une histoire philosophique inspiratrice de notre espace religieux et politique. Il ne s'agit cependant pas ici de rejouer philosophiquement les antagonismes historiques. Les textes rassemblés dans ce volume posent en effet de manière irréductible la question : qui est l'autre ? À quels types d'altérations et de complémentarités la pensée est-elle ici confrontée ? Il ne saurait donc être question d'autre chose que de trouver une orientation et une signification là où les déterminations historiques ont parfois recouvert ce qu'il est permis d'appeler l'exception judéo-chrétienne.

  • Historiens, philosophes, sociologues, psychanalystes, hommes d'arts et de métiers : les auteurs de ce livre sont pour la plupart des transclasses, produits d'une histoire singulière et collective. Ils prennent ouvertement la parole et croisent leur approche pour rendre visible une réalité parfois idéalisée, mais très souvent méconnue : celle du passage d'une classe à une autre. Ni fierté outrancière, ni honte coupable : ils veulent avant tout comprendre l'origine et la nature d'un tel changement social et s'interroger sur la fabrique d'une manière d'être et de vivre l'entre-deux.

    À travers des récits en première personne et l'examen de figures et de configurations historiques, présentes et passées, ils font le pari que les mouvements au sein de la société ne sont pas réductibles à des données statistiques, que l'intime a une portée politique et peut être audible et utile à tous, transclasse ou non.

  • Lors de la réoccupation des villes de Palestine au printemps 2002, l'armée israélienne a utilisé une tactique inédite : au lieu de progresser dans les rues tortueuses des vieux quartiers ou des camps de réfugiés, les soldats passaient de maison en maison, à travers murs et planchers, évitant ainsi de servir de cibles aux résistants palestiniens. Cette méthode, "conceptualisée" sous le nom de "géométrie inversée" par des généraux qui aiment à citer Debord, Deleuze et Guattari ou Derrida, représente un tournant postmoderne dans la guerre des villes. Les territoires occupés sont ainsi devenus un laboratoire spatial pour de nouvelles techniques d'attaque, d'occupation et de contrôle de populations, qui sont ensuite exportées aux frontières où se livre la guerre globale. Et inversement, la réflexion sur l'urbanisme est largement passée dans des centres de recherche où des militaires travaillent sur l'art de construire/ détruire en s'appuyant sur de pseudo-concepts philosophiques. Mais Eyal Weizman montre que ces idées nouvelles - substrat d'une querelle des Anciens et des Modernes dans l'armée israélienne - n'ont pas été étrangères au fiasco libanais de l'été 2006.

    Eyal Weizman est architecte. Il dirige le Centre de recherches architecturales du Goldsmiths College (université de Londres).


  • "
    Ceux qui, aux alentours de 1965, avaient entre vingt et trente ans, ont alors rencontré un nombre exceptionnel de maîtres dans le champ de la philosophie.

    Les anciens comme Sartre, Lacan ou Canguilhem, étaient encore en pleine activité ; d'un peu plus jeunes, comme Althusser, déployaient leur oeuvre, et toute une génération, les Deleuze, Foucault, Derrida, entrait dans l'arène. Tous ces maîtres, aujourd'hui, sont morts. La scène philosophique, largement peuplée d'imposteurs, est autrement composée, ne tirant sa consistance que de ceux, jeunes et moins jeunes, qui, les formulant à neuf dans leur propre langue, savent être fidèles aux questions qui nous animèrent il y a quarante ans.
    Je crois juste de rassembler les analyses et hommages qu'au long des années, quand ils disparaissaient, j'ai consacrés à ceux à qui je dois la signification, toujours inhumaine autant que noble et combattante, du mot "philosophie". Je n'ai pas toujours eu avec ces contemporains capitaux des rapports simples et sereins : la philosophie, comme le dit Kant, est un champ de bataille. Mais, considérant aujourd'hui les innombrables "philosophes" médiatiques, je puis dire que j'aime tous ceux dont je parle dans ce livre. Oui, je les aime tous ". (Alain Badiou).


  • Dans ce livre, on verra comment, pour résoudre la question juive, le sionisme a fait émerger la question palestinienne qui n'en finit pas de se poser depuis soixante ans. On comprendra que le Palestinien d'aujourd'hui est l'homologue, au déplacement géographique près, du Juif d'Europe d'autrefois -qualifié des mêmes épithètes, considéré avec le même mépris. On apprendra que le "sémitisme", pure invention du XIXe siècle racialiste, entre dans ce qu'on appelle l'orientalisme - l'Orient vu par la domination occidentale. Et que "abrahamisme ", cher à Emmanuel Lévinas et Jacques Derrida, recouvre sous des dehors égalitaires et généreux une bonne dose de crainte et de méfiance de l'Islam. La persistance de la question palestinienne, livre ironique qui s'attaque frontalement aux idées dominantes, se situe dans la ligne de pensée du maître et inspirateur de Massad, Edward Said.



    Joseph A. Massad est Associate Professor of Modern Arab Politics and Intellectual History (Columbia University, New York). Il est notamment l'auteur de Colonial Effects: The Making of National Identity in Jordan (Columbia University Press, 2001) et de Desiring Arabs (University of Chicago Press, 2007).

  • Qui n'a, au moins une fois, rencontré l'angoisse ? Palpitations, boule au creux de l'estomac, souffle coupé, malaise qui enfle sourdement... L'angoisse est une « ventouse posée sur l'âme », disait Antonin Artaud. Est-elle la voie obligée d'entrée dans l'écriture : l'impouvoir qu'explorèrent Blanchot et Derrida, le vertige du « comment commencer » qu'évoquent Beckett ou Foucault, « l'expérience abjecte » de la psychanalyse selon Lacan, le grouillement informe de l'être pour Levinas ? La pensée est-elle une figure de l'angoisse ?
    L'angoisse dont il s'agit ici n'a pas la familiarité de nos peurs intimes, aussi violentes soient-elles. Ce sont pourtant ces mêmes territoires qu'explorèrent nombre d'écrivains et philosophes du XXe siècle. Tous disent la formidable puissance de création gisant au coeur de la négativité anxieuse : déconstruction (Derrida), désoeuvrement, désastre (Blanchot), dédit (Levinas), décréation (Beckett), litanie des « il n'y a pas de... » chez Lacan, fin de l'homme pour Foucault.
    L'angoisse de penser désignerait alors cette expérience d'écriture - tantôt jubilatoire, tantôt affolante -, dans laquelle Je pense hors de Moi.

    Ce livre est paru en 2008.

  • SOMMAIRE Introduction : Si loin, si proches, le retour de trois pensées critiques (C. Halpern) ; La French Theory, métisse transatlantique (F. Cusset) ; L'affaire Sokal : pourquoi la France ? (N. Journet) Michel Foucault (1926-1984) Michel Foucault, l'insoumis (C. Halpern) ; La quête inachevée de Michel Foucault (M. Lallement) ; À propos de Histoire de la folie à l'âge classique (C. Halpern) ; À propos de Surveiller et Punir. Naissance de la prison (M. Fournier) ; Microphysique du pouvoir (C. Lefranc) ; Le gouvernement de soi (Frédéric Gros) ; Sous le regard de la critique (Jean-François Dortier) ; Petit vocabulaire foucaldien (encadré) ; Foucault et l'anthropologie (entretien avec M. Abélès) ; Quel apport pour la sociologie ? (Bernard Lahire) ; Foucault et l'histoire (entretien avec A. Farge) Jacques Derrida (1930-2004) La passion de l'excès (S. Camus) ; Citoyen Jacques Derrida (M. Gaille) ; Une éthique impossible (E. Rimboux Le rire de l'écriture (M. Goldschmit) Gilles Deleuze (1925-1995) Le libertaire (C. Halpern) ; Le " ¿sale gosse¿ " de l'histoire de la philosophie (F. Streicher) ; À propos de Différence et Répétition (F. Streicher) ; Libérer les flux du désir (C. Halpern) ; L'anti-Œdipe vu par la psychanalyse (entretien avec É. Roudinesco) ; Deleuze à travers ses œuvres (encadré) ; À propos de Qu'est-ce que la philosophie ? (C. Maigné) ; Le devenir du rhizome (X. de la Vega) La pop'philosophie (entretien avec E. During)

  • Qu'est-ce que Derrida nomme « déconstruction » ? Que signifie « visage » pour Levinas, « mort de l'homme » pour Foucault ? De quoi parlent le « pragmatisme » de James, la « phénoménologie » de Husserl, « l'anthropologie structurale » de Lévi-Strauss ? Comment comprendre le « devenir animal » chez Deleuze, « l'agir communicationnel » chez Habermas ? Dans ce livre vous attendent des réponses vivantes, claires et directes.
    Maîtres à penser propose un voyage en vingt épisodes dans la philosophie contemporaine, du début du xxe siècle à nos jours. Courants, concepts, écoles de pensée y sont présentés avec l'immense talent de pédagogue de Roger-Pol Droit.
    Sous sa plume, les grands théoriciens s'incarnent, deviennent les personnages d'une époque tourmentée, qu'ils façonnent et transforment. En exposant leurs combats et leur influence, il vous ouvre les portes des grands débats actuels.

  • Écrire la vie de Jacques Derrida (1930-2004), c'est raconter l'histoire d'un petit Juif d'Alger, exclu de l'école à douze ans, qui devint le philosophe français le plus traduit dans le monde, l'histoire d'un homme fragile et tourmenté qui, jusqu'au bout, continua de se percevoir comme un « mal aimé » de l'université française. C'est faire revivre des mondes aussi différents que l'Algérie d'avant l'Indépendance, le microcosme de l'École normale supérieure, la nébuleuse structuraliste, les turbulences de l'après-68. C'est évoquer une exceptionnelle série d'amitiés avec des écrivains et philosophes de premier plan, de Louis Althusser à Maurice Blanchot, de Jean Genet à Hélène Cixous, en passant par Emmanuel Levinas et Jean-Luc Nancy. C'est reconstituer une non moins longue série de polémiques, riches en enjeux mais souvent brutales, avec des penseurs comme Claude Lévi-Strauss, Michel Foucault, Jacques Lacan, John R. Searle ou Jürgen Habermas, ainsi que plusieurs affaires qui débordèrent largement les cercles académiques, dont les plus fameuses concernèrent Heidegger et Paul de Man. C'est retracer une série d'engagements politiques courageux, en faveur de Nelson Mandela, des sans-papiers ou du mariage gay. C'est relater la fortune d'un concept la déconstruction - et son extraordinaire influence, bien au-delà du monde philosophique, sur les études littéraires, l'architecture, le droit, la théologie, le féminisme, les queer ou les postcolonial studies.
    Pour écrire cette biographie passionnante et riche en surprises, Benoît Peeters a interrogé plus d'une centaine de témoins. Il est aussi le premier à avoir pris connaissance de l'immense archive personnelle accumulée par Jacques Derrida tout au long de sa vie ainsi que de nombreuses correspondances. Son livre renouvelle en profondeur notre vision de celui qui restera sans doute comme le philosophe majeur de la seconde moitié du XXe siècle.

    Cahier photo papier et numérique

    Couverture : Jacques Derrida, 1991 © Horst Tappe / Fondation Horst Tappe / Roger-Viollet

  • La philosophie consiste à donner un autre nom à ce qui a été longtemps cristallisé sous le nom de Dieu » : quel sort réserver à cet énoncé de Merleau-Ponty ?
    Ces Leçons, qui se focalisent sur quelques désignations emblématiques de l'absolu dans la philosophie moderne, débutent avec le « non-autre » forgé par Nicolas de Cues dans le dernier de ses dialogues philosophiques. En interrogeant successivement la façon dont Descartes, Spinoza, Kant et Schelling ont redéfini l'absolu et les conséquences qu'ils en ont tirées pour la formulation de la question de Dieu, il s'agit de problématiser la notion du « tout autre », décliné de différentes manières dans les Miettes philosophiques de Kierkegaard, la théologie dialectique de Karl Barth, la phénoménologie du sacré de Rudolf Otto et, plus près de nous, chez Heidegger et Derrida.
    En analysant quelques noeuds remarquables de l'arc historique qui relie ces deux désignations, il s'agit de mieux comprendre le projet de la théologie philosophique moderne et de donner une profondeur de champ historique aux débats contemporains relatifs à l'« onto-théologie », l'« idolâtrie conceptuelle » et les « théologies négatives ».

  • Jacques Derrida est sans contredit le philosophe qui s'est le plus passionné pour la littérature, sous toutes ses formes (impossibles à formaliser) et en tous genres (impossibles à assigner). Dès les commencements de son oeuvre philosophique, il s'est non seulement engagé à penser la question de l'écriture en tant qu'elle avait toujours été marginalisée et abaissée dans la tradition occidentale, il s'est aussi inlassablement tourné vers la littérature pour élaborer ses propres questions touchant le secret, le témoignage, la promesse, le mensonge, le pardon et le parjure, pour en nommer quelques-unes.

    À la littérature, on ne saurait imposer, selon Derrida, des règles, des prescriptions ou des fonctions. Les essais réunis ici s'emploient à examiner plusieurs des propositions du philosophe au sujet de la « littérature sans condition », à commencer par celles qui concernent la souveraineté poétique et qui relient, de manière indissociable, la littérature comme « droit de tout dire » à la démocratie (à venir). Derrida insiste en effet sur la « puissance » du « principe » littéraire, qui permet à la littérature de s'affranchir en interrogeant ses propres règles, voire la loi même, dans une performativité sans précédent.

    L'expérience littéraire s'avère aussi le lieu par excellence pour expérimenter toutes les modalités de la représentation et de la délégation sur lesquelles se fonde la démocratie. La littérature est ainsi associée pour Derrida à une certaine (ir)responsabilité, à une manière singulière de penser la question de l'éthique en la dégageant de toute morale et de toute instrumentalisation et, il va sans dire, de tout préjugé. S'appuyant sur Kafka, Bartleby et Abraham, Derrida souligne avec force l'importance que cette question d'une éthique autre revêt pour lui et il n'hésite pas à donner une préséance - préférence encore - à la littérature en ce qu'elle s'avance vers la loi pour en comprendre l'origine. De manière significative, il place la question de l'invention poétique et du langage - de ce qu'il appelle l'idiome, irréductible à toute traduction - au coeur de sa réflexion au sujet de la différence sexuelle et de l'hospitalité.

    C'est à cette passion de Derrida pour la littérature que sont consacrés les essais réunis dans cet ouvrage.

  • Qu'est-ce qu'un point névralgique en philosophie ? C'est une question ou une position particulière, locale, mais autour de laquelle une pensée se joue dans sa totalité. Autrement dit, c'est un lieu de décision philosophique qui n'engage pas seulement sa cohérence, mais aussi et surtout sa spécificité et sa teneur. Un point névralgique est donc un lieu de décision philosophique dont aucune philosophie marquante ne fait l'économie. Dans cet ouvrage sont analysés les principaux points névralgiques de nombres des plus grands philosophes contemporains. Il en va ainsi, par exemple, de la question du sujet chez Foucault, ou de celle du pardon chez Derrida, ou encore de celle de la légitimation postmoderne chez Lyotard, etc. Ces points névralgiques ne sont pas les seuls chez ces penseurs, mais ils ont au moins une importance toute particulière et tous ont joué un rôle majeur dans la construction de la pensée occidentale.

  • « Les critiques de la métaphysique ne s'attachent plus aujourd'hui à la réfuter, car cela supposerait ce qui est justement en question, à savoir que ses propositions soient falsifiables. De Nietzsche à Derrida en passant par Heidegger, on s'attache plutôt à la "dépasser" ou à la "déconstruire", c'est-à-dire à la déborder ou à mettre à nu sa structure, tout en laissant subsister dans sa massivité incontournable l'événement qu'elle représente... On voudrait, dans ces quelques leçons prononcées dans le cadre de la Chaire Étienne Gilson, s'interroger sur les raisons d'une telle attitude, qui n'est qu'apparemment iconoclaste, et montrer que ces raisons sont aussi anciennes que la métaphysique elle-même, donc co-essentielles à son projet. Cela ne signifie pas que la métaphysique résiste, pour les avoir anticipées, à toutes les tentatives de déconstruction, mais que le moment herméneutico-critique de la déconstruction est inhérent à sa fonction proprement métaphysique de dépassement. » Pierre Aubenque

  • Les années 1960 furent le théâtre de l'un des épisodes les plus brillants de l'histoire de la pensée philosophique en France. Elles s'ouvrirent sur le triomphe public du structuralisme, avec La Pensée sauvage de Lévi-Strauss, se continuèrent par le renouvellement du marxisme proposé par Althusser et de la psychanalyse par Lacan, et s'achevèrent avec une série d'oeuvres comme celles de Foucault, Deleuze, Derrida et Lyotard, qui ont décidé du visage de la philosophie contemporaine.
    L'héritage de cette période a néanmoins été difficile, suscitant tantôt une fascination mimétique, tantôt un rejet caricatural. Depuis quelques années, les auteurs qui l'ont marquée font individuellement l'objet d'une réception savante plus mesurée et plus profonde, au risque cependant de perdre la dimension collective et transversale qui la caractérisait. Le but de cet ouvrage est de réunir certains des meilleurs spécialistes pour prendre toute la mesure de ce qui a constitué, par son intensité et son ampleur, un « moment philosophique » exceptionnel.
    Il offre à la fois une traversée de quatre dimensions transversales (épistémologique, politique, esthétique et philosophique) et une relecture de quatre livres singuliers : La Pensée sauvage de Lévi-Strauss (1962), Lire Le Capital et Pour Marx d'Althusser (1965), les livres de Derrida autour de De la grammatologie (1967), et Discours, Figure de Lyotard (1971). Traversant aussi bien les mathématiques de Bourbaki que la linguistique structurale, l'anthropologie de Lévi-Strauss que la psychanalyse freudienne, le marxisme d'Althusser que celui d'Adorno, le théâtre de Brecht que le cinéma de Godard, ce livre invite à redécouvrir ce moment non pas comme un objet historique à circonscrire, mais comme un mouvement ouvert où se sont décidées certaines des tâches qui nous incombent encore, aujourd'hui.

  • La peine de mort est-elle moralement justifiable et juridiquement légitime ? Est-il possible de mettre en cause le fondement du droit souverain à condamner à mort ?
    À partir d'une analyse des différents modèles philosophico-politiques justifiant le pouvoir, et afin de problématiser le rapport entre le pouvoir souverain et la peine capitale, cet ouvrage tend à mettre en lumière la manière dont la source de légitimation du « pouvoir de donner la mort » a été défendue, tout au long des siècles, par la reconnaissance d'une base théologique à l'autorité. La tentative de déconstruire le lien entre théologie et politique et l'ouverture sur une vision normativiste du pouvoir constituent, au contraire, la base théorique de l'argumentation abolitionniste. À travers un travail théorique minutieux, mettant en lumière les insuffisances de la position favorable à la peine de mort ainsi que le concours d'éléments étrangers à la théorie du droit - tels que l'aspect rituello-sacrificiel - pour justifier l'exécution capitale, cette étude montre que si l'on place la dimension transcendante du pouvoir souverain avant l'identité morale de l'individu, alors la mise à mort du criminel peut être justifiée. Au contraire, une idée différente de la constitution du sujet impose de chercher un fondement ultime à l'inviolabilité de l'individu contre le pouvoir lui-même et donc de conclure à l'inadmissibilité morale de mettre à mort un homme, quel que soit le crime qu'il ait commis.

  • Pour comprendre le rôle de l'université aujourd'hui, Bill Readings examine le sens qu'on lui a donné en Occident au fil des siècles. Faisant ressortir les liens existant entre son évolution et le déclin de l'État-nation, il s'attarde sur l'émergence des Cultural Studies, pour lui symptôme de la disparition de la culture nationale comme justification de l'existence de l'université.

  • En quoi l'approche française de la philosophie, ce que Montaigne appelait déjà " philosopher à la française ", est-elle particulière ? Des chercheurs français et étrangers analysent cette spécificité de la démarche philosophique qui repose sur les rapports d'une langue nationale et d'une langue philosophique universelle : dans quelle mesure le français est-il une langue porteuse d'universel ? L'analyse de l'histoire de la philosophie française, de sa rencontre avec des courants internationaux, d'un style philosophique français permet de répondre à cette question.SOMMAIREAvant-propos par Jean-François MATTEIPremière partie : La philosophie française au XXe siècleI - L'école française de l'action Bertrand de Saint-SerninII - L'idée dialectique dans la pensée française au XXe siècle, Bernard BourgeoisIII - De la compréhension à l'interprétation, l'herméneutique "more gallico demonstrata", Jean GreischIV - L'un pour l'autre chez Sartre et Levinas, Rudolf BernetV - L'Autre et l'Etranger entre Derrida et Ricoeur, Richard KearneyVI - L'épistémologie française à la croisée des chemins, Dominique LecourtVII - La spécificité de la philosophie française des sciences au XXe siècle, Evandro AgazziVIII - La question de la culture, Thomas de KoninckDeuxième partie : La philosophie française et les courants internationaux IX - L'effet Schopenhauer et les philosophes français de la fin du XIXe siècle, Claude TroisfontainesX - La pensée rhénane de Gaston Bachelard. Conflit ou alliance de la raison et de l'imagination ? Jean-Jacques WunenburgerXI - La phénoménologie de Husserl dans la philosophie de Merleau-Ponty. Questions phénoménologiques, Marc RichirXII - L'épistémologie française à la rencontre de la phénoménologie. Autour de René Thom, Alain BoutotXIII - Phénoménologie et philosophie analytique, Pierre LivetXIV - La rencontre de la déconstruction et de l'herméneutique, Jean GrondinXV - Fantasmes hégémoniques et métaphysique, Dominique JanicaudXVI - Sources et enjeux philosophiques de la pratique de la différence, Lambros CouloubaritsisTroisième partie : L'histoire française de la philosophieXVII - La langue de la philosophie, du latin au français, Pierre MagnardXVIII - "Un peu de chaque chose à la française" ou Dialectique, didactique et grandeur d'âme, Henri-Paul CunninghamXIX - D'un idéalisme à venir, Jean-Michel Le LannouXX - L'ego chez Bergson et chez Husserl, Jean-Louis Vieillard-BaronXXI - La foi dans le langage, Gilbert HottoisXXII - Présence de la philosophie française dans la pensée arabe, Ali ChenoufiXXIII - La question de la démocratie dans la philosophie française contemporaine, Alain RenautXXIV - Matérialisme, dialectique et "rationalisme moderne". La philosophie des sciences à la française et le marxisme, 1931-1945, André ToselQuatrième partie : Le philosophe français et le styleXXV - Le style lisse des philosophes français, Sylvain AurouxXXVI - Le courage d'être clair, André Comte-SponvilleXXVII - Vie enracinée, pensée organique, Michel MaffesoliXXVIII - L'exercice de l'improvisation, notre avenir, Jean-François de RaymondXXIX - L'affaire Sokal concerne-t-elle vraiment les philosophes français ? Pascal EngelXXX - Philosopher en français hors de France, Evangelos MoutsopoulosXXXI - La romanité philosophique et son vocabulaire, Franco VolpiIndex des noms -- Liste des auteurs

  • En août 2007, le projet d'écrire la biographie de Jacques Derrida s'est imposé à moi comme une évidence. J'avais eu la chance de le connaître un peu ; je n'avais jamais cessé de le lire.
    Pendant trois ans, j'ai consacré l'essentiel de mon temps à cette recherche, avec une constante passion. Je suis le premier à avoir pu explorer l'immense archive accumulée par Derrida tout au long de sa vie. J'ai retrouvé des milliers de lettres dispersées à travers le monde, rencontré plus de cent témoins, souvent bienveillants, quelquefois réticents. Derrida occupait ma vie, s'insinuant jusque dans mes rêves.
    Parallèlement, dans de minuscules carnets, j'ai consigné les étapes de cette quête de plus en plus obsessionnelle : les rendez-vous et les lectures, les découvertes et les fausses pistes, les réflexions et les doutes. Trois ans avec Derrida est le journal de cette aventure, en même temps qu'un éloge de ce genre souvent mal aimé qu'est la biographie.

    Couverture : Arnaud Février © Flammarion

  • La poésie de Celan engage un mode de lecture et d'interprétation que Jacques Derrida nomme Schibboleth. Plutôt que dévoiler le sens du poème, Derrida excave le texte jusqu'à toucher les vestiges d'un passé qui ne passe pas, faisant resurgir ce que le poète appelle un Singbarer Rest. Le poème enclenche alors un double envoi : une folie de la langue renonçant à ce qui lui appartient en propre pour donner la parole à un Autre, l'Étranger, le Juif en Celan comme le Juif en tout homme. Comment s'orienter dans cette folie qui tente de surseoir à une bénédiction sans locuteur ? À l'encontre du mal herméneutique qui consiste à élucider le poème, à rechercher le point de rassemblement de l'éclaircie sémantique, la « contre-parole » de Celan porte la trace indélébile d'Auschwitz, de l'Holocauste, de la Shoah, trois mots déclinant l'obscurité du monde et la survie de l'humain. Le devenir-juif du poème doit désormais parcourir tant et tant de chemins sans destin pour témoigner, même endeuillé, de la mémoire des noms et des dates.

  • Derrida, Deleuze et Lyotard sont indissociables dans le mouvement de pensée poststructuraliste qui à partir de la fin des années 60 a radicalement changé la façon de voir le monde et par là même de concevoir les sciences en général et les sciences sociales en particulier. L'impact de ces French Theorists comme on les catégorise a été si important qu'il structure encore la façon dont on pense et fait de la recherche en sciences sociales aujourd'hui. Le marketing et ses disciplines connexes comme le consumer research ont été touchées relativement tardivement par ce mouvement de pensée (début des années 90) mais de façon remarquable : la plupart des canons de la discipline ont été remis en question par les marketeurs dits « postmodernes ». Parmi l'ensemble des apports de ces auteurs, nous avons choisi de nous focaliser sur un concept pour chacun avec au premier chef, le postmodernisme pour Lyotard, puis ensuite la déconstruction pour Derrida et enfin le marketing comme outil de contrôle pour Deleuze. Nous en détaillons le contenu et les applications réalisés dans notre discipline par des auteurs relevant essentiellement des courants de la CCT et du Critical Marketing.

  • Le mercredi 10 février 99 - Paris, 17h00, heure à laquelle le séminaire de Jacques Derrida commence au 105, Boulevard Raspail de l'École des Hautes Études - je me suis mis à lire un texte auquel le maître de cérémonie n'avait accordé aucun imprimatur.
    En vérité, le passe-droit pour cette intervention illicite ne m'était consenti que pour un pré-texte visé par le philosophe quelques semaines plus tôt. Ce sont ces pages promises à l'interprète de La Lettre volée d'Edgar Allan Poe (ici non reproduites et pour certaines d'entre elles finalement jamais lues) qui me donnaient l'avantage d'une lecture suivie devant une assemblée monumentale - l'amphithéâtre était absolument bondé, cénacle averti d'un sujet dont l'auteur de Sauf le nom traitait alors depuis dix-huit mois en séminaire: la question du parjure et du pardon dans la tradition philosophique et littéraire occidentale.
    À cet instant précis, il me fallait faire face à la faute. Me risquer à l'inexcusable devant une hospitalité pourtant si généreusement offerte. Assumer toutes les conséquences de ce geste impromptu... et peut-être le renvoi. De quel droit et pour quel motif s'autoriser d'une falsification venue contrefaire un atelier si bien agencé, si bien réglé dans la facture et le théâtre auquel habituellement cette séance de travail se prête ?
    On comprendra que sur un tel sujet relevant de la philosophie pour toujours aux yeux du grand auteur, il y a encore beaucoup à me faire pardonner. Me sera-t-il enfin remis ?
    Derrida, au terme de la lecture usurpée s'est déclaré coupable. Manière subtile de ne pas m'adresser trop rapidement sa grâce. Coupable de s'être laissé surprendre (comme il le prétend) ou bien contrit de m'avoir donné si longtemps le champ libre pour la lecture d'un texte qu'il avait reçu par pli postal, et qui n'aura finalement jamais été dévoilé à l'auditoire ? Mais pour quel genre de pardon... et surtout pour quelle sorte de faute ?


  • De nos jours, Hélène Demuth, la servante et maîtresse de Karl Marx, et son fils Frederick (l'enfant adultérin, reconnu par Engels), convoquent le spectre du grand homme. Entre des regrets éternels et des imprécations de haine, ils dialoguent avec Marx, évoquent les terreurs du siècle qui nous attire toujours vers de catastrophiques nouveautés...

    Veufs et orphelins, nous sommes tous des Hélène et Fred.

  • «Capisco ora, guardando indietro, che il senso di tutto quello che ho fatto, e di cui questo libro manifesta uno dei primi passi, è stato di volgere in positività, costruzione e sistema ciò che in Derrida era negatività, decostruzione e rifiuto del sistema. Può darsi che non sia molto, ma posso assicurare che mi è costato fatica, e mi basta.»

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